Rencontre avec Michel Odent et Liliana Lammers

Comme je vous le disais l’autre fois, j’ai eu la chance d’assister à 3 jours d’information concernant la grossesse, la naissance, l’accompagnement de celles-ci. Un stage paramandadoula animé par Michel Odent et Liliana Lammers.

Ce stage avait pour but de nous donner des pistes sur « ce qu’est une doula », l’actualité dans le domaine de la périnatalité, le partage de leur immense expérience… Elle était organisée par Virginie Derobe que je salue au passage!

Michel Odent et Liliana Lammers

Je connaissais Michel Odent par mes lectures mais Liliana Lammers, pas du tout, si ce n’est que j’ai découvert par la suite que depuis trente ans maintenant, ils collaboraient ensemble pour de merveilleuses naissances et de magnifiques accompagnements. Pratiquement à domicile à chaque fois puisqu’ils exercent au Royaume Uni.

Michel Odent est donc un obstétricien français qui est une référence en matière d’accouchement physiologique, le vrai hein? Il a écrit nombre de livres sur le sujet et sur l’avenir de l’humanité. Il a aussi créé le centre de recherche de santé primale qui met en évidence les liens existants entre le vécu de l’enfant pendant la période dite primale – allant de sa conception à son premier anniversaire – et sa santé à l’âge adulte.

Liliana Lammers est quant à elle Doula. Elle a eu 4 enfants, et son premier est né dans des conditions difficilement qualifiables d’humaines. Depuis elle a accompagné 400 naissances. Et elle raconte ça de manière très anglaise, flegmatique.

Le Matin était consacré à Michel Odent, puis l’après midi à Liliana Lammers. Nous étions une quarantaine et nous étions sur le principe du libre échange, avec questions/réponses. Très dynamique quoi. Le matin, je buvais littéralement les paroles de M.O. C’était d’un passionnant!

Le sujet principal : l’inhibition

Le néo-cortex et son action sur le cerveau archaïque. C’est à dire qu’une femme pour accoucher correctement, rapidement, doit avoir accès à son cerveau archaïque qui gère tout le truc. C’est ce qui permet de faire la différence entre un accouchement facile et un accouchement difficile.

Inhibition, quel truc de fou. En fait c’est là que ça bloque! Le néocortex, pour que tout se passe bien, doit être mis en « off ». C’est un processus qui est involontaire et qu’il faut toujours protéger. En effet, à la moindre « stimulation », le néo cortex va se réactiver et cela mène à un accouchement difficile. Mon rôle sera là en tant qu’accompagnante périnatale. Veiller à ce que rien ne dérange la future maman en train d’accoucher.

Mais comment le néo-cortex est sans-cesse activé?

  • le langage : on ne parle pas à la maman ! Sinon, on stimule le néocortex.
  • la lumière : pour produire de l’ocitocyne, il vous faut de la mélatonine or la mélatonine est inhibée par la lumière et plus particulièrement celles du spectre bleu…lumière fréquemment utilisée dans les hôpitaux.
  • tout ce qui stimule l’attention :
    • se sentir observée
    • la perception d’un danger possible
    • La sage-femme qui frappe à la porte, qui rentre, qui demande comment ça va.
    • L’anesthésiste qui rentre et qui lui dit : si vous voulez la péridurale c’est maintenant ou sinon il sera trop tard! Ah l’angoisse.

Il faut donc que la femme qui accouche soit protégée de tout cela. De cela nait, de manière évidente, l’art de l’accompagnante périnatale. Mais avant, ça marchait bien non.

L’Homme et la domination de Mère Nature

Tout se passe lors de la première révolution Humaine au Néolithique, l’Homme apprend à domestiquer le feu, la nature. Il se donne le droit de domestiquer aussi la naissance. Paf, il y a 10 000 ans, les naissances deviennent ritualisées, socialisées (le pire) et contrôlées, et de décider que la maman a besoin d’aide. En fait, toute l’Humanité, et sa nature ne dépend que d’un seul instant. Comme l’a dit M. Odent, on est comme on nait. Très juste. Franchement, j’ai été choquée de savoir qu’il y a un temps où les hommes ont décidé de ceci.

Maintenant, la grossesse, l’accouchement sont hyper médicalisés. Les sage-femmes ont des protocoles à suivre. L’accouchement dit « physiologique » ne l’est pas puisque à l’hôpital, dans une vaste pièce, entouré de bruits, de beaucoup de personnes, de lumière. Alors qu’une femme a juste besoin de calme, d’une lumière tamisée, d’un endroit chaud, et de se savoir en sécurité.

Le déclenchement

Liliana Lammers considère le déclenchement ni plus ni moins comme un crime.

Si l’accouchement se déclenche naturellement, le bébé y participe en lâchant du surfactant dans son liquide amniotique. De son coté, le corps de la mère, lui aussi donne des signes.

Et il ne faut pas oublier le facteur du stress. Plus on est stressée (menace supposée sur la santé du bébé, menace du déclenchement,…), plus on diminue les chances de voir le travail se déclencher naturellement puisque les hormones du stress inhibe celle de l’accouchement ! En effet, la nature est bien faite : accoucher dans un environnement stressant n’est pas une bonne chose en terme de survie de l’espèce. Quel bazar!

Or, il ne faut pas oublier que certains bébés ont besoins de plus de temps pour venir au monde. Et en déclenchant, on précède les signaux du bébé.

A partir du moment ou le terme est dépassé et que peut être il y a des risques, il faut vérifier au jour le jour que le bébé va bien. Le terme, parlons en. En général, vous savez quand est-ce que vous avez fait l’amour les derniers temps. J’adore quand le gynécologue vous donne une date, et que vous lui dites : non ce n’est pas possible. Il rigole! Donc la date du terme n’est pas bonne… Donc stress.

C’était important que je parle du déclenchement, car c’est ce qu’il m’est arrivé. Deux injections ont dû êtres nécessaires pour que ça commence. 10 jours de retard. Mais inconsciemment, je n’étais pas prête à accoucher, je ne voulais pas accoucher. Car une personne de mon entourage était là, et je ne le souhaitais pas. C’est ce que j’ai appris aussi. Une femme qui est aussi un mammifère peut différer son accouchement si elle ne se sent pas en sécurité.

La sage-femme et l’accompagnante

« Quand un phénomène se développe au niveau mondial, il faut se demander ce qui se cache derrière. » Michel Odent en parlant des doulas.

« Je ne pensais pas accoucher naturellement, je pensais qu’accoucher était naturel ! » Liliana Lammers à propos de son premier accouchement.

Le travail de l’accompagnante périnatale : protéger la physiologie de la mère, contrôler son stress et sa peur car elles sont contagieuses. Or ces hormones amène la sécrétion de l’adrénaline qui entrave le travail. Il faut donc se calmer car si l’adrénaline est contagieuse… le calme aussi.

Michel Odent donnait souvent l’exemple de la sage-femme qui est assise dans un coin à tricoter. Elle ne fait pas rien, elle surveille du coin de l’oeil tout en faisant une activité apaisante.

L’accompagnante peut transmettre des informations pratiques à l’équipe. Cela permet de protéger la maman des questions et donc de ne pas stopper son inhibition néocortical.Une intimité est donc créée

Ce qui amène à la question du mari : il faut toujours discuter avec lui. Est-ce qu’il veux (et attention devoir/vouloir!) être présent ? Car s’il ne veux pas, s’il a peur, il va produire du cortisol et transmettre ce stress à la femme durant son accouchement. Il faut absolument éviter cela.

Il est donc important de prendre du temps pour le papa, de faire pour le papa et d’être pour la maman. Quand le papa est stressé, on l’éloigne sans un mot.

« C’est facile de faire un accouchement difficile » Liliana Lammers

Le dernier jour, c’était l’anniversaire de M. Odent, il a eu 89 ans.

Je dis chapeau Monsieur, et chapeau Madame. Merci pour ce partage d’une incommensurable richesse. Comme il l’a dit, l’avenir de l’humanité repose aussi sur nous, les futur(e)s accompagnant(e)s pour permettre une naissance qui conduira à une humanité qui aimera plus sa Terre Mère.

Je vous engage vivement à lire « la naissance et l’évolution d’Homo sapiens », il est bouleversant de vérité, et amène véritablement à réfléchir.

Alors? Que pensez-vous de tout ceci? De ce beau métier?